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DUMAS au Panthéon

jeudi 9 juin 2005, par Destrez.D

Villers-Cotterêts fait le deuil de Dumas

La dépouille de l’écrivain a quitté mardi sa ville de naissance où il était enterré depuis 1872, pour le Panthéon. Jeudi, Villers-Cotterêts a rendu un dernier hommage à son illustre fils

Par Frédérique ROUSSEL

samedi 30 novembre 2002 (Liberation.fr - 09:49)

Villers-Cotterêts, envoyée spéciale

« J’ai pleuré ». François Angot en a encore les yeux brillants. Avec les restes d’Alexandre Dumas en route pour le Panthéon, est parti un peu de lui-même. Le président de l’association des Trois Dumas qu’il a fondée « parce qu’il y avait un créneau » a toujours été un dumassien. Ses grands-parents résidaient dans la maison natale de l’écrivain, né à Villers-Cotterêts en 1802, lui-même a usé ses culottes dans la même école que lui, à l’école du Centre. L’école de l’Abbé Grégoire comme elle s’est appelée aussi. Rebaptisée jeudi par Villers-Cotterêts « Ecole Alexandre Dumas ». On garde les restes qu’on peut...

Trois plaques en une seule journée. Vite, il a fallu combler le vide de l’absence du plus célèbre des habitants. L’école maternelle de la rue du Général-Mangin a récolté deux plaques commémoratives. Une en plein fronton - la signature même d’Alexandre Dumas, l’autre sous le porche, gravée par le gardien du cimetière. La dernière plaque, justement, y est apposée, au cimetière. Apposée sur un tombeau vide et qui dit déjà : « Repose depuis le 30 novembre 2002 au Panthéon à Paris ». Une marque offerte par la République, reconnaissante. Mais oublieuse. Car cette cérémonie des adieux a failli ne pas voir le jour. « Il devait n’y avoir seulement une cérémonie au château de Monte Cristo à Port-Marly, raconte fièrement Renaud Bellière, le maire. J’ai dû me battre pour que Villers-Cotterêts rende elle aussi hommage à l’enfant du pays. » Alors, de l’école au cimetière, en passant par le château François 1er, Villers-Cotterêts a dessiné la carte de son deuil.

Une fois l’école maternelle renommée, le cortège de deux cents Cotteréziens s’est dirigé, accompagnée par l’harmonie municipale, vers le château François 1er. Une autre célébrité du bourg, le roi. C’est dans ces lieux que le Valois, en 1539, a pris la célèbre ordonnance de Villers-Cotterêts généralisant l’emploi de la langue française dans tout le royaume. C’est dans la cour de ce château, aussi, que Thomas Alexandre Davy de la Pailleterie, père de Dumas et fils d’esclave, pénétrât avec ses dragons pour protéger la ville. C’est encore là que sa future femme, Marie-Louise Labouret l’y rencontrât... Un lieu tellement chargé en Histoire que la commune, depuis qu’elle a du céder sur le transfert de Dumas, se sent en force pour négocier la reprise en main du château, un peu négligé, par le ministère de la Culture.

Sous le porche de l’entrée du château trône un buste d’Alexandre Dumas. Des enfants jouent les Trois Mousquetaires. Le maire sort un long discours. « Nous savions Alexandre Dumas homme d’exception par la vie qu’il a connue (...) Nous savions tout cela, mais la peine est brutale et rend égoïste. » Tristesse soulignée mais orgueil de voir Dumas panthéonisé. Les polémiques autour du transfert, entre l’Association des Amis de Dumas présidée par Didier Decoin et celle, locale, des Trois Dumas, qui entendait garder l’écrivain semblent avoir été oubliées. « On a été vexé qu’on nous le prenne, on est triste de le voir partir, mais c’est quand même pour le Panthéon », expliquent deux Cotteréziennes. Le livre d’or signé par les habitants lors de la chapelle ardente dit parfois le contraire. Sobre : « Je ne suis pas satisfait de la décision du président de la République » ; ironique : « il doit bien rire dans ses moustaches de se voir tant loué après avoir été ignoré » ; accusateur : « on le prend à son père et à sa mère, pour le mettre dans un froid tombeau »...

Le maire préfère aujourd’hui apaiser les rancœurs. Il a imposé Villers-Cotterêts dans le comité de transfert et une chapelle ardente dans sa salle des mariages, il a obtenu une nouvelle statue en bronze du romancier (l’ancienne a été fondue par les Allemands pendant la dernière guerre), et peut-être le château construit en 1515 retrouvera-t-il de sa superbe... Que peut-on d’ailleurs contre la volonté de la Nation ?

Le parcours ne pouvait que se finir au cimetière. Où Alexandre Dumas ne repose plus depuis le 26 novembre. Renaud Bellière gardera toujours le souvenir de cette exhumation matinale, de cet cercueil que l’on ouvre sur un squelette en bon état. Dumas... « C’est quand son nouveau cercueil en chêne clair a été fermé, que j’ai eu tout d’un coup l’impression que j’avais connu Dumas vivant. » Comme un nouvel enterrement. Sans corps. « Si l’homme est un corps et une mémoire, a déclaré Gérard Moisselin, préfet de l’Aisne, le corps aura l’honneur d’être au Panthéon mais la mémoire demeure à Villers-Cotterêts. »

François Angot, aurait, aux tréfonds de lui-même, préféré que le corps reste là. Son tombeau à lui, qui voisine et se réchauffait à Dumas, ne donne plus que sur une tombe vide, et froide.